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Une des particularités de la vie de chercheur – particularité qui s’applique donc à la préparation
d’un doctorat – c’est de voyager pour présenter des communications lors de colloques.

Pour ceux qui ne connaissent pas le fonctionnement d’un colloque dans le détail – ce qui ne
m’étonnerait pas tant que ça, puisque même pour moi qui baignait pourtant préventivement dans
l'ambiance, c’est un tout nouveau monde un peu effrayant – je vais  expliquer un peu tout ça.

Le principe d'un colloque donc, en gros, c’est d’aller parler d’un sujet précis - sujet
naturellement étroitement en rapport avec les propres recherches de chacun des chercheurs
présents - au cours de manifestations autour d'un thème général annoncé, dans le but de
pouvoir ensuite échanger et discuter avec d’autres chercheurs intéressés par le même thème
et réunis à cette occasion.

Je vous arrête tout de suite, faut pas se faire de film, c’est pas rémunéré d'un centime de centième
de kopeck russe (puisque c’est visiblement le principal critère intéressant les gens à qui j’en parle).

Mais c’est un investissement de temps, d'argent et d'énergie indispensable tant il s'inscrit dans un
cercle vertueux essentiel à la carrière de tout chercheur.

Pour mieux comprendre (et attention, accrochez-vous bien), prenez par exemple le salaire d’un
chercheur: celui-ci est calculé par chaque gouvernement selon une mesure un poil foireuse
qui se base en gros:

1/ sur le nombre de publications de ce chercheur (chaque revue de publication ayant un
« rang » différent, donc étant plus ou moins importante dans le calcul),

2/ proportionnellement au nombre de citations renvoyant vers ces publications dans les
travaux existants,

et 3/ (plus récemment pour essayer de réquilibrer le tout) en rapport avec le nombre
d’années d’ancienneté du chercheur en question.

Ca s'appelle le h-index (et oui) et c'est censé mesurer de manière mathématique l'impact et
la notoriété de chaque chercheur. Ca se résumait alors ainsi:

 

A scientist has index h if h of his/her Np papers have at least h citations each,
and the other (
Np − h) papers have no more than h citations each. (Wikipedia)

 

Oui, finalement c'était mon explication la plus simple.

Mais c'est très sérieux. Et si vous voulez vous aussi vous amuser à "mesurer" la notoriété
d'un auteur (ça marche aussi pour la litterature, même si pour ces auteurs, leur salaire n'est
pas calculé en fonction de ça), vous pouvez vous amuser à télécharger "Publish or Perish"
(tout est dans le titre!!) où il vous suffit ensuite d'entrer le nom d'une personne pour avoir son
"index de notoriété".

Ou alors vous pouvez utiliser l'outil de Google, Google Scholar, plus simple, qui indique
pour chaque article de l'auteur entré (avec la précision "author:" devant le nom), le nombre de
citations vers cet article (mais il ne calcule pas le h-index sans le module complémentaire
disponible ).


h-index

 

Bref, calcul un peu foireux je disais, parce que le nombre de citations pris en compte dans ce
calcul comprend également les auto-citations (soit quand le chercheur fait référence dans un
de ses articles à un autre de ses propres articles), ce qui fait, si vous suivez bien, qu'il suffirait
de se citer genre 450 fois par article écrit pour devenir riche comme Crésus!! (non, en fait c’est
pas si simple, mais c’est tout de même un point bancal du calcul*)

 

* Pour preuve, un chercheur Grenoblois voulant démontrer l'absurdité de ce mode de
mesure, a entièrement concrétisé "l'arnaque" en créant un faux auteur, source de
faux articles générés automatiquement (donc un peu inintéressants à lire, ça va de soi),
dans lesquels toutes les références bibliographiques renvoient vers (et uniquement!)
toutes
les autres publications de ce même faux auteur. Ceci faisant, le non-existant
Ike Antkare
se retrouvait avec un h-index de 94 (c'est absolument énorme!) ce qui faisait de
lui l'un des dix premiers chercheurs en sciences informatiques et le positionnait parmi les
100 scientifiques les plus renommés au monde!! (l'explication en schéma, par son auteur,
ici).

 

Bref, pas besoin d'avoir tout compris dans le détail pour comprendre que, pour avoir le plus
de chance être cité par d'autres chercheurs, il faut que ces chercheurs connaissent vos travaux,
et pour qu’ils connaissent vos travaux, il faut les leur avoir présentés. CQFD.

Et ça, et ben ça se fait par le biais de ces divers colloques organisés à travers le monde.

Ceci étant expliqué, ça a l’air super sérieux comme truc, un regroupement de chercheurs qui
débattent et discutent de thèmes aussi passionnants et précis que "Reflexions autour de l'adverbe
autrement dans les textes de Balzac compris entre 1833 et 1834 et demi", mais dans le détail et
dans la réalité vraie, il y a beaucoup de facteurs autres que celui de la « recherche fondamentale »
qui entrent en compte et qui démystifient un peu le tout: stress, dépaysement, affinités, animosités,
alcool, fatigue, histoire de cœur entre chercheurs, souvenirs partagés de colloques précédents et
autres critères finalement très humains rendent ces manifestations tout à fait épiques.

Le contraste au cœur de cette situation est alors assez détonnant, et quand on met tout juste
le pied de dedans, c’est même carrément… décoiffant.

Allez, je vais donc vous raconter tout ça, en texte et en images, dans les prochains jours...
Chanceux!

Ernestine-diplomee-copie-1.jpeg

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Attention: toute ressemblance avec des personnes ou des situations existantes serait parfaitement fortuite étant donné que je ne me coiffe jamais comme ça.

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